Syndicat Jeunes Médecins

Dr Emanuel Loeb, président

Le projet « Ma santé 2022 » répond-il à vos attentes ?

Concernant la partie formation, les annonces étaient attendues. Nous pressentions la fin du totem du numerus clausus. La question est que met-on à la place ? Aujourd’hui, deux grands modèles s’affrontent.

Le modèle du « College » (modèle anglo-saxon), que l’on promeut, avec un parcours Licence indifférencié, donnant accès aux études de médecine via une sélection au niveau master. Ce parcours licence serait complété par des modules de connaissances fondamentales – anatomie, physiologie, biophysique, biochimie – dont la validation serait obligatoire pour pouvoir accéder aux études de médecine.

Le modèle « licence santé » regroupant au sein d’un même cursus tous les étudiants se destinant aux métiers de la santé. Ce modèle aboutirait à une discrimination en fonction du niveau universitaire atteint et ne correspondrait pas à la réalité des métiers de la santé qui doivent être complémentaires et non concurrents.

Pour Jeunes Médecins, le modèle du « College » favorise également l’acquisition de doubles cursus – notamment celui en management – donnant accès aux personnes issues de la filière médecine à une modularité de carrière tout au long de l’exercice professionnel pouvant permettre par exemple d’occuper des fonctions de direction d’établissement de santé.

Concernant le contingentement des médecins, la question n’est pas tant celle du nombre global, mais celle de la répartition entre un mode d’exercice ambulatoire de premier recours et un exercice de second recours. Ainsi, nous proposons qu’au niveau Master, 70 % du futur contingentement des étudiants en médecine soit orienté vers la spécialité de médecine générale, qui soit dorénavant la seule spécialité ambulatoire de premier recours.

Ces médecins généralistes nouvelle génération pourraient, soit dans le cadre d’un DES en quatre ans, soit tout au long de leur carrière via le DPC, acquérir des options de médecine de ville (gynécologie médicale, pédiatrie, ophtalmologie médicale…). C’est par cet outil d’acquisition de spécificités de la pratique ambulatoire que pourra se créer les ponts entre la médecine de ville et le second recours.

Les trois niveaux d’offre hospitalière proposés vous conviennent-ils ?

De façon globale, cette organisation en offre de proximité, de second recours routine, puis experte nous convient puisque inscrite dans les propositions de notre livre blanc. Cependant, la réalisation reste encore obscure. En effet, les modalités d’articulations entre praticiens de second recours n’a pas encore été détaillée.

Jeunes Médecins propose que les hôpitaux de proximité soient l’apanage des médecins généralistes libéraux et uniquement de leur ressort, ce qui permet : d’avoir une structure d’aval pour la gestion des patients en ambulatoire, de pouvoir y associer « un plateau technique ambulatoire » (imagerie et biologie médicales par exemple) et d’éviter le recours systématique et l’engorgement des établissements de second recours. Les établissements de second recours prenant en charge les soins courants seront gérés uniquement par le secteur privé, avec une tarification à l’activité. Enfin, le second recours expert est pour nous du domaine du régalien, donc public et le mode de financement qui y est associé doit permettre des prises en charge lourdes et complexes. Les praticiens de second recours pourraient avoir une activité modulable entre des établissements publics et des établissements privés, afin que disparaissent cette opposition public/privé au sein de la communauté médicale.

Ce mode d’organisation viserait à mettre fin à la mise en concurrence entre le public et le privé qui, pour nous, est un non sens. On sait très bien, par exemple, qu’il existe une chirurgie d’excellence tant dans le privé que dans le public, mais est-il pertinent de réaliser sur un même plateau technique de la chirurgie ambulatoire répondant à un mode d’organisation donné et de la chirurgie lourde répondant à un autre mode d’organisation ? Nous ne le pensons pas. Arrêtons ce système de dupes, clarifions les choses, laissons faire au privé ce qu’il sait faire, c’est-à-dire une offre ambulatoire de second secours de qualité, avec le modèle médico-économique pertinent.

De part cette complémentarité entre les établissements privés et publics, Jeunes Médecins propose une réforme du statut hospitalo-universitaire, tel qu’il existe à l’heure actuelle, en redonnant à l’Université toute la latitude de contractualiser directement avec les praticiens/équipes de soins, exerçant en établissements publics ou privés et en soins de premiers recours, sur des programmes d’enseignement et de recherche. On sort ainsi d’un modèle hégémonique hospitalo-centré pour les activités Enseignement et Recherche, vers une responsabilisation de l’Université, cette dernière étant la seule opératrice de la planification des projets d’enseignement et de recherche, en lien avec les acteurs de soins.

Vous avez un projet de plateforme Jeunes Médecins…

Nous créons actuellement une plateforme interactive à destination des jeunes médecins et souhaitons, dans ce cadre, monter des partenariats avec les établissements privés pour permettre des mises en relation entre jeunes praticiens et praticiens installés. Souvent, le frein à l’installation ou à la découverte d’un établissement, est le manque de compagnonnage ou d’accompagnement. Nous sommes donc preneurs si des directeurs d’établissements nous mettent en relation avec des praticiens ou praticiennes de leur établissement pour créer des forums d’échange.

L’ISNCCA – Inter Syndicat National des Chefs de Clinique et Assistants – se transforme pour devenir le Mouvement de la Jeune Génération de Médecins, toutes spécialités et tous modes d’exercice confondus : www.jeunesmedecins.fr